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Le nouveau blog de jechantemagazine

Le blog du magazine JE CHANTE ! Les archives du journal créé en octobre 1990.

Interview inédite de Claude Léveillée (1995)

 

ClaudeLeveilleePhoto : Radio-Canada)


Nous avions rencontré Claude Léveillée en octobre 1995, dans sa loge du théâtre de Cachan, où il se produisait le soir, dans le cadre du Festival de Marne. Cette interview était restée inédite.

 

JE CHANTE ! — Depuis combien de temps n’êtes-vous pas venu à Paris ?

CLAUDE LÉVEILLÉE.— La dernière fois que je suis venu à Paris, c’était pour l’émission Sacrée Soirée, consacrée à Pierre Bachelet, qui m'avait invité.

 

Et la toute première fois, c’est par l’intermédiaire d’Édith Piaf ? 

C’était en 1959. J’ai débuté à Québec dans ce qu’on appelait des boîtes à chansons. Je chantais dans un petit lieu de deux cents places avec d’autres artistes comme Jean-Pierre Ferland, Jacques Blanchet, Clément Desrochers, Hervé Brousseaux... Un soir, Édith Piaf, de passage au Québec, était venue chanter à Montréal, et Jean-Pierre Ferland, le plus dégourdi de la bande, s’est débrouillé pour la rencontrer et la convaincre de venir nous entendre en lui disant : « Venez, vous verrez, c’est un lieu exceptionnel » — effectivement, il n’y en avait pas d’autres ! A cette époque-là, je passais en fin de spectacle. Je m’accompagnais au piano, qui était placé de telle façon que je chantais en tournant le dos au public. 

 

Un soir, à la fin de ma dernière chanson, Les vieux pianos, je n’entends rien, pas un bruit. Je savais pourtant que la salle était bourrée à craquer... En me retournant, je vois tous les gens, les mains écartées, comme prêts à applaudir, et au premier rang, une petite bonne femme, avec des cheveux rouges carotte et un grand sourire sur les lèvres... Elle a commencé à applaudir et tout le monde a suivi. En sortant de scène, je dis aux copains : « Mais qui c’est ce phénomène-là ? C’est quoi, ce gag ? » Je n’avais pas reconnu Édith Piaf ! Le lendemain, elle nous a invités tous les cinq pour écouter d’autres chansons. Lorsque mon tour est arrivé, elle m’a demandé : « Rechantez-moi Le vieux pianos, s’il vous plaît. » A la fin, elle m’a dit : « Je vous attends à Paris, vous faites partie de mon équipe de compositeurs. » Quelques mois plus tard, je débarquais à Paris pour deux ans. J’ai beaucoup travaillé avec Michel Rivgauche et Henri Contet.

 

Ça, c’était mes débuts dans la chanson. Auparavant, j’étais comédien. J’ai débuté en 1954-55, comme clown dans Domino, une série télé pour enfants. A mon retour au Canada, j’ai fait une série dans laquelle j’avais un des rôles principaux. Ensuite, j’ai tourné avec Claude Chabrol, dans La ligne de démarcation. Et là, je viens de terminer deux séries, Les grands procès et Scoop, qui a duré quatre ans. Ça représente cinquante deux heures de cinéma. J’ai toujours eu deux métiers, acteur de cinéma et chanteur.

 

884959712

 

Vous avez écrit Frédéric lorsque vous étiez en France ?

A mon retour, en 1962. J’étais à Montréal, c’était l’été, il faisait très chaud. J’étais allé chez un disquaire qui avait la particularité de louer des pianos, pour vingt-cinq sous de l’heure. J’avais envie de pianoter, j’ai donné vingt-cinq sous, et j’ai commencé à improviser, comme j’ai l’habitude de faire. A la fin de l’heure, j’avais terminé Frédéric. J’ai appelé la Columbia avec laquelle j’étais en contrat en leur disant : « Je viens de terminer un truc, là, je crois qu’on pourrait la mettre sur le prochain disque. » Finalement, ce n’est pas parti en flèche et contrairement à ce que l’on croit, c’est la Belgique qui a découvert Frédéric, pas la France. 

 

Quand je suis venu m’installer à Paris en 63 (je faisais beaucoup d'allers-retours), j’étais aux éditions Michel Legrand, et c'est là que j’ai rencontré Georges Hélian, un homme féru de chansons. Il est allé voir Marcelle Legrand avec mon enregistrement de Frédéric et lui a dit : « Tu sais, ça marche bien en Belgique, on devrait faire un effort là-dessus. » Ils l’ont poussée un peu, et c’est là qu’elle a vraiment démarré. Taxi a aussi remporté un certain succès. Tous les chauffeurs de taxis téléphonaient aux radios pour qu’ils la passent !

 

Je suis ensuite parti à Bruxelles pour chanter aux Anciennes Belgique, avec Freddy Balta à l'accordéon, et là, les journaux titraient « Bienvenue chez nous, Frédéric ! » Tout le monde m’appelait Frédéric.

 

C’est une chanson autobiographique ?

C’est ce que j’ai vécu chez moi, le dimanche, autour de la table... Pour raconter ces sentiments et ces souvenirs, j’ai imaginé une rencontre avec mon frère que j’ai nommé Frédéric, et puis c’est tout.

 

Vous ne pensiez pas que ça deviendrait un standard ?

Non, jamais. Je n'ai jamais présumé d'une carrière. Mais quand je regarde en arrière, je trouve ça formidable. Je ne veux pas être esclave d’une carrière, mais j’ai vécu des moments extraordinaires. C’est quelque chose qui m’a dépassé, j’ai toujours eu l’impression d’être « surclassé ». Je suis parti chanter en Russie deux fois, en Asie, en Afrique du Nord, c’était passionnant, je découvrais le monde. Je ne connais pas beaucoup de Québécois qui ont autant voyagé. Je ne me suis jamais arrêté. Dès que je veux me reposer un peu, il y a toujours le téléphone qui sonne !

 

Une polémique a éclaté à propos de Frédéric. Vous avez vendu la chanson à Mac Donald ?

Non, je ne leur ai rien vendu. Pour les Etats-Unis, Mac Donald avait choisi le thème de Mack the Knife, de Kurt Weill, une des chansons de l'Opéra de Quat' sous, un air que toute l'Amérique anglaise pouvait fredonner, connu de deux ou trois générations. Et quand Mac Donald s’est implanté au Québec, ils ont cherché la musique qui était le plus dans le cœur des Québécois et on m'a seulement demandé la permission d'utiliser la musique de Frédéric. De toute façon, quand on écrit une musique, ou un poème, il ne t’appartiennent plus, ils appartient au public qui les prend pour lui. Cela dit, j'ai permis qu'on utilise la musique de Frédéric mais pas les paroles originales. Ils ont en écrit d'autres pour leur publicité. Et finalement, c'était très joliment fait, autrement, je ne l'aurais pas accepté.

 

Ça a tout de même provoqué un petit scandale...

Bien sûr, les intellos étaient scandalisés : « Mais qu’est ce que c’est ? On nous prend notre Frédéric ! » Ils n'auraient pas pu le dire avant, qu'ils l'aimaient, cette chanson ?... Ce n’était pas très grave, et les enfants étaient ravis de chanter ça.

 

Vous avez fait un spectacle qui s’intitule « Tu te rappelles Frédéric ?», cela consistait en quoi exactement ?

C’était en 1985, à la Place des Arts, une salle d’opéra de Montréal qui contient trois mille quatre cents places. J’y ai refait le même spectacle que j'avais présenté à l’occasion de l’inauguration, avec les mêmes musiciens et le même répertoire, à peu de choses près. Ça a été trois soirs extraordinaires.

 

En 1994, je suis allé chanter au Monument National. C’est un très très vieux théâtre qui a été entièrement rénové. Quand j’avais huit ans, mon père m’y avait amené voir une pièce pour enfants. Ça m’a fait drôle de me retrouver sur la scène de ce théâtre à l’âge que j’ai...

 

Vous avez un projet de compilation...

J’ai commencé une compile sous forme d’une trilogie. Le premier volet, « Mes années 60 », est déjà sorti. J’avais sélectionné quinze titres de ces années-là, dont je pense que le public les avait bien aimés. Le deuxième volet est paru en 1995, avec des titres des années 70, et je travaille actuellement sur les années 80. Il y aura donc un coffret de 3 CD.

 

Vous avez une discographie énorme : trente ou quarante disques...

Oui, pas loin de quarante. J’ai fait beaucoup de choses pour les enfants, aussi.

 

Vous avez été le deuxième Canadien connu en France, après Leclerc, je crois. Avant Gilles Vigneault et Robert Charlebois.

C’était grâce à Frédéric, et à Bobino... A ce moment-là, je venais souvent en France. J’avais un côté Marsupiaux, je ne restais pas sur place, je ne m’accrochais pas. Un garçon comme Gilles Vigneault, par exemple, n’avait que la chanson et la poésie, il s’est accroché. Alors que moi, j’avais la chanson, la musique et en plus j’étais acteur, et je tenais beaucoup à cette carrière de comédien.

 

Qu’est-ce qui vous a amené à la chanson ?

Rien. C’est quelque chose qu’on a en soi dès le départ. Quand j’entends des gens me dire : « Je prends des cours de comédie » ou « Je prends des cours de chansons »... Quand j’avais trois ans, je commençais déjà à tapoter sur un clavier.

 

Dans votre famille, on était musicien ?

Oui, ça se transmet, ça. Par exemple, maman était professeur de piano, mais moi, je n’ai jamais appris le piano, je ne connais pas la musique. Mon père avait une voix extraordinaire, mais lui, c’était plutôt l’Opéra. Et puis Québec est une province très chantante !

 

Avant Felix Leclerc, qu’est-ce qu’on entendait au Québec ?

La Bolduc. Il y avait eu des groupes qui chantaient des vieilles chansons du folklore français. L’opérette, aussi, les gens adoraient ça. 

 

Propos recueillis à Paris

par Raoul Bellaïche et Colette Fillon en 1998.

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Jacques 22/05/2012 12:15

Ah Frédérique, que de souvenir de flirts de jeunesse, ce qui n'empêchait pas d'apprécier l'écriture simple et directe de Claude Léveillée, servie par un réel talent de mélodiste et par une voix
chaude reconnaissable entre toutes. Mon chanteur préféré d'Amérique !

(Clovis Simard,phD) 22/01/2012 03:35

Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com)No-30, -THÉORÈME LE JEUNE.- Vous entendez le temps ??