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Le nouveau blog de jechantemagazine

Le blog du magazine JE CHANTE ! Les archives du journal créé en octobre 1990.

Hommage à Jean-Claude Darnal

 

 

Nous avons appris la disparition, le 12 avril 2011, de Jean-Claude Darnal, à l'âge de 81 ans.

À l'occasion de la sortie chez Universal d'une première compilation de ses chansons de la période Fontana et la parution d'un premier livre de souvenirs chez Christian Pirot, François Bellart avait écrit cette chronique dans JE CHANTE N° 29.


« Tir groupé » pour Le soudard ! La réédition (1) de ses premiers enregistrements nous permet une reprise de contact d’autant plus sympathique avec Jean-Claude Darnal qu’elle coïncide avec la sortie d’une première tranche de ses mémoires (2). En quelque sorte, on a le livre et sa bande-son...

Darnal Universal

 

Et ce qu’on lit est passionnant : le témoignage d’un temps d’enfance, d’adolescence et de jeunesse marqué par une énergie, un appétit de vivre, de découvrir, d’inventer...

 

On suit les pérégrinations de l’enfant et de l’adolescent Jean-Claude qui apprend la vie à la rude école des évacuations et des bombardements. Le Nord de la France subit les épouvantables privations liées à l’occupation allemande : la débrouille pour survivre sera un apprentissage réinvesti plus tard, et le contact avec la mort une école de formation. L’auteur rappelle que l’essentiel des destructions et des victimes civiles de la ville de Douai fut l’œuvre des bombardement américains de 1945, à la fois imprécis et massifs (le prix du morceau de rail tordu se comptant en dizaines de morts), à la différence des actions anglaises ciblées et efficaces. 

 

À partir de cette adolescence, deux impérieuses passions vont éclore chez le jeune Darnal, et qui se nourriront l’une l’autre : voyager et écrire. Il écrira pendant tout son temps d’armée, durant sa formation de parachutiste et tout au long de son séjour militaire en Algérie. Il se « fait la main » sur de petits romans, des pièces. En même temps, il découvre la chanson d’une façon un peu instinctive et en écrit quelques petites sans prétention sur ses amours, son goût du voyage ou son dégoût de la guerre qui tue...

 

Avec beaucoup de malice et sans forfanterie, l’auteur raconte comment ses chansons finissent par arriver dans le répertoire d’Eddie Constantine : il l’apprend par hasard au fin fond de la Grèce sur le chemin de son tour du monde en camion-stop. Dès son retour précipité, il entre dans ce monde de la « variété », sous la houlette de Jacques Canetti, dont les qualités de gestionnaire (!) sont épinglées avec justesse... et humour ! Il nous fait vivre de l’intérieur les tournées et les galas, et cet inénarrable séjour au Canada avec un crochet aux Etats-Unis pour enterrer un amour perdu !

 

Des détails, des anecdotes, tout cela est formidablement raconté dans ce livre dont on n’arrive pas à lever les yeux ! Outre les souvenirs personnels, c’est aussi tout un pan de l’histoire de la chanson qui nous est livré : la grande époque de la « chanson d’auteur » — comme on disait — vécue de l’intérieur. La narration des séances d’enregistrement, en direct avec l’orchestre, par exemple, laisse aujourd’hui le lecteur rêveur...

 

L’écriture de Darnal est à la fois dense et agréable. les choses sont relatées avec les seuls détails utiles, et il y a une idée ou une anecdote différente par phrase... Ce style ramassé est vraiment proche de celui de la chanson : chaque paragraphe pourrait faire l’objet d’une petite chanson avec un développement et une chute ! 

 

Quant au CD, comme toutes les rééditions de ces années-là, il a un petit côté que d’aucuns ne manqueront pas de qualifier de démodé, tant nos oreilles sont habituées à des « produits » plus travaillés. Mais, au-delà de la nostalgie, il captive l’écoute d’abord par la qualité des chansons et leur lisibilité d’emblée attachante, puis par la variété de mélodies spontanées, la fraîcheur (la naïveté ?) de l’interprétation et l’application de l’artiste débutant qui découvre en même temps qu’il chante les superbes arrangements de Michel Legrand ou ceux, musicalement plus osés, d’André Popp ! Quant aux thèmes abordés, s’ils sont parfois audacieux pour l’époque (la découverte des amours, l’appel de l’inconnu, le goût du soleil et de l’exotisme, l’horreur de la guerre...), ils sont toujours terriblement actuels et donnent à cette réécoute, à un demi siècle de distance, un charme et un plaisir quasiment neufs.

 

Ce n’est pas si souvent qu’on a cette correspondance entre un livre et un disque. Lire le premier et écouter le second, ce n’est pas ajouter un plaisir à un autre. C’est davantage. En l’occurrence, 1 + 1 font (au moins !) 3 ! On appelle ça de la synergie.

 

Notons enfin que le CD est présenté sous l’appellation « Les années Fontana », ce qui laisse augurer de prochaines bonnes surprises si, comme on l’espère, ULM - Universal poursuit la réédition des petits trésors de la chanson, estampillés Fontana, dont regorgent ses caves (entre autres Pierre Louki, Francis Lemarque, Les Trois Ménestrels...). N’oublions pas que Fontana eut un temps un certain directeur artistique du nom de Boris Vian !

 

François Bellart

 

(1) Jean-Claude Darnal : « Les années Fontana », CD ULM/Universal, 066 988-2, 2003 (21 titres).

(2) Jean-Claude Darnal : On va tout seul au paradis, éditions Neige / Christian-Pirot, 2003.

 

• Chronique parue dans JE CHANTE N° 29, octobre 2003.

 

 

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